Chaque année, l'euCNC (European Conference on Networks and Communications) réunit l'élite européenne des télécommunications autour des enjeux de la 5G, de la 6G et des réseaux du futur. Couplé au 6G Summit, c'est le lieu où les projets de recherche de la connectivité portés par l'Union Européenne prennent vie, où les avancées se confrontent et où se dessine la connectivité de demain.
Cette année, b<>com y sera représenté par Éric Gatel, Responsable de l'ingénierie projet et de la stratégie européenne, et Guillaume Vercasson, Ingénieur en connectivité avancée, dans le cadre du projet européen SUSTAIN-6G porté par Nokia Allemagne et Orange France.
Ils présentent dans cette interview les contributions techniques de b<>com au projet (optimisation du codage LDPC en coopération avec Orange et liaison optique sans fil FiWi) et éclairent la place que b<>com occupe dans la recherche technologique européenne.
Qu'est-ce que SUSTAIN-6G, et pourquoi ce projet est-il important ?
Guillaume : Le projet SUSTAIN-6G cherche à développer un cadre global de durabilité pour la 6G, en intégrant trois dimensions : environnementale (énergie, CO₂, ressources), sociétale (impact sur les usages, inclusion) et économique (coûts, viabilité industrielle). L’idée est de penser la 6G de bout en bout, du terminal jusqu’aux applications. Des cas d’usages sur l’agriculture, l’énergie ou la santé permettront de mesurer l’impact réel.
Un exemple concret : un partenaire travaille sur l'agriculture connectée, avec des capteurs qui mesurent des paramètres du sol pour optimiser l'irrigation. Résultats attendus : 15 % de réduction de la consommation d'eau, 18% sur les pesticides, 15 % d'augmentation de la production. SUSTAIN-6G s'attaque directement au fait que ces zones sont historiquement délaissées par les opérateurs.
Concrètement, sur quoi portent nos travaux dans SUSTAIN6G ?
Guillaume : Nous avons deux contributions assez différentes. La première, en collaboration avec Orange, porte sur le codage LDPC (Low-Density Parity-Check), l'algorithme de correction d'erreurs de la couche physique des réseaux 5G NR, reconduit en 6G. En couplant l’étude du code et des performances de l’algorithme de décodage itératif associé, on gagne directement sur le bilan de liaison : même couverture à puissance réduite, ou couverture étendue à puissance égale. L'impact énergétique est immédiat. Nous jouons un rôle d'arbitre dans les groupes de travail 3GPP, en implémentant sur FPGA les propositions concurrentes pour produire des comparaisons de performance dans un environnement matériel neutre, bien plus rapidement que les simulations logicielles. Les propositions sont également testés "over the air", grâce à un système 5G adapté à des fins de recherche, afin de confronter les améliorations théoriques avec la réalité du terrain
La deuxième contribution, c'est la technologie FiWi (Fiber Wireless), proche du FSO, (Free-Space Optical communication) mais en indoor. Le principe : supprimer la conversion en signal radio dans le dernier segment de transmission et la remplacer par un faisceau optique collimaté dans l'air. Le signal reste dans le domaine optique de bout en bout. Résultat : aucune interférence, pas d’émission radio-fréquence, une confidentialité naturelle liée à la directivité du signal, agnostique au standard utilisé et un rendement énergétique bien supérieur à une chaîne radio classique. Le défi, c'est le pointage : on travaille avec des faisceaux de quelques millimètres de diamètre, ce qui impose un alignement dynamique précis. Notre système combine un collimateur en sortie de fibre, des micro-miroirs orientables et une caméra qui détecte en temps réel la position du terminal via un motif LED actif. La liaison est symétrique dans les deux sens.
Que présenteras-tu à l'EuCNC ?
Guillaume : La démo FiWi: un point d'accès en hauteur, une cible sur la table simulant l'équipement utilisateur, et un laser vert qui suit dynamiquement ses déplacements. C'est visuellement très parlant.
On présentera aussi des modules ZeDIoT (Zero Energy Device IoT), de petits capteurs autonomes alimentés par panneaux solaires, qui mesurent température, hygrométrie et luminosité. Ils adaptent leur fréquence d'émission pour maintenir le niveau de charge de la batterie autour de 50 % et prolonger sa durée de vie. Déployés en conditions réelles dans notre labo, ils seront reliés à une application de supervision développée par notre partenaire Wings, avec jumeau numérique du système dans son environnement et historique des données. De quoi donner une vision concrète de ce que peut être un réseau 6G pensé pour l'usage réel.
Pourquoi la dimension européenne est-elle si importante dans nos travaux ?
Éric : Les projets européens nous permettent de confronter les expertises de nos chercheurs à celles de nos partenaires, et de faire progresser la maturité de nos technologies qui deviennent ensuite le socle de futurs projets d'innovation. En apportant nos briques technologiques dans ces consortiums, nous contribuons à l'émergence de solutions plus globales, au service de la souveraineté et des ambitions de l'Europe. C'est ce positionnement qui fait de b<>com un acteur de référence européen des technologies numériques souveraines, durables et industrialisables.
Quelle ambition portez-vous pour la 6G européenne et les autres technologies ?
Eric : Au-delà des avancées techniques majeures qu’elle apportera, la 6G devient un enjeu réel de souveraineté car elle portera des infrastructures critiques, telles que l’industrie, la santé ou la défense. L’Europe doit pouvoir contrôler ces briques technologiques clés. A travers ses travaux de recherche et contributions aux projets européens, b<>com cherche à construire une 6G européenne qui soit à la fois souveraine, innovante et responsable.
Nos expertises ne se limitent pas à la connectivité : notre ambition couvre un ensemble de technologies stratégiques telles que l’IA, XR/VR, jumeaux numériques, cloud, Facteurs humains, systèmes embarqués, prospective et design, avec une approche de bout-en-bout, de l’infrastructure aux usages industriels.