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HDR vs. faux-HDR : est-ce vraiment une question d’intention créative ?

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Est-ce que les limitations techniques façonnent l’intention artistique ou constituent-elles un frein ? Alors que les productions cinématographiques et télévisuelles passent au format HDR (High Dynamic Range), la question fait débat. Le HDR permet des lumières plus vives, des ombres plus détaillées, davantage de contraste et une représentation plus réaliste de la lumière. Cela signifie également que les créateurs disposent d’une plus grande liberté dans leur façon d’utiliser la lumière, sans s’inquiéter de leur saturation ou de la perte de détails dans les images sombres. Que se passe-t-il lors de la conversion de contenu existant SDR (Standard Dynamic Range) vers le HDR ? Faut-il considérer la luminance restreinte et la colorimétrie limitée comme une expression de l’intention créatrice ou comme une limite technique imposée ?

 

Par Tania Poulli, chercheuse et directrice adjointe du laboratoire Nouveaux Contenus Media.

L’innovation technologique au service de l’intention artistique

Lorsque le film couleur est apparu, la transition depuis le monde du noir et blanc, auquel étaient habitués les producteurs, fut un long parcours, jonché de défis techniques et créatifs. Les créateurs ont dû réapprendre à créer - cette fois en couleur - et les spectateurs ont dû s’habituer à cette dimension supplémentaire du film. Cependant, malgré les débats, la couleur l’a remporté et nous pouvons à présent difficilement imaginer un monde sans couleurs.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à une nouvelle transition dans l’industrie de l’image : le passage au HDR. Cette nouvelle étape devrait apporter une amélioration considérable en termes de réalisme d’image et de liberté de création.

Les images HDR peuvent encoder une plage d’éclairage beaucoup plus large, produisant des lumières plus brillantes, des ombres plus profondes et des contrastes plus riches. Mais, malgré les promesses de ce nouveau format, sa mise en œuvre dans le monde réel divise. Deux courants de pensée s’affrontent.

La naissance controversée du « faux » HDR

Les consommateurs achètent, depuis plusieurs années déjà, des télévisions HDR en espérant des images plus brillantes, plus percutantes et plus réalistes. La plupart des modèles actuellement sur le marché ont toutes les capacités techniques pour afficher de telles images.

Pourtant, rares sont les contenus qui exploitent pleinement les possibilités offertes par le HDR. L’expérience du spectateur reste donc basée sur une visualisation d’images HDR qui ressemblent en tout point à celles auxquelles ils étaient habitués (que l’on appelle désormais SDR), avec peu d’améliorations sur le contraste, les niveaux de luminosité ou encore les détails dans les zones lumineuses. De là, est né le surnom peu flatteur de « faux HDR ».

Nous constatons qu’une partie du secteur de la production de contenus défend la mise en œuvre et la production de ce HDR qui diffère assez peu du SDR en apparence. En pleine période de transition du SDR vers le HDR (les deux formats pouvant être coproduits ou être convertis de l’un à l’autre), l’argument phare des partisans du « faux » HDR est qu’il est essentiel de préserver l’intention artistique. Ainsi, si cette dernière est le fruit d’une version SDR (parce que l’ingénieur vidéo a utilisé une certaine ouverture de diaphragme sur la caméra SDR, ou parce que la version de référence d’une production est produite en SDR et est ensuite convertie en HDR), il est tentant de penser que la seule façon de la préserver est de donner au HDR le même aspect que le SDR.

Soit. Mais nous pensons que cela est vraiment restrictif.

Tant pour les créateurs de contenus que pour l’expérience du spectateur.

Lors de la transition vers la télévision HD, pendant une longue période, le contenu a été adapté par conversion ascendante (souvent par le téléviseur lui-même), sans se soucier de l’intention artistique. Fallait-il pour autant en rester aux images en basse résolution sur les nouveaux téléviseurs HD d’alors, au nom de l’intégrité artistique ? L’argument peut paraître fallacieux ; on peut soutenir que le message créatif d’un contenu n’est pas affecté par les améliorations de résolution.Il peut cependant l’être par des changements dans les informations de luminance ou de contraste, mais n’est-ce pas déjà le cas? Est-ce que deux téléviseurs offrent le même rendu ? Et, qu’il s’agisse du film en noir et blanc, des résolutions plus basses ou du contraste et de la plage dynamique peu élevés, est-il juste de considérer ces limites technologiques d’autrefois comme une expression de l’intention artistique

L’intention créative : un prétexte pour repousser le changement ?

La réponse à cette question n’est pas facile, d’autant plus que la signification même de l’intention artistique change selon le type de contenu. Dans le cas du contenu cinématographique, le style d’éclairage est indéniablement lié à la vision créative du réalisateur, mais lorsque l’on considère des contenus tels que le sport, les documentaires ou même la publicité, les choix du réalisateur ou du cadreur sont guidés non seulement par des principes esthétiques, mais aussi par les informations que le contenu doit transmettre aux téléspectateurs.

Pour le contenu axé sur l’information,il est difficile de penser qu’une amélioration du réalisme pourrait avoir un impact négatif, et il est simple de confirmer cette impression en observant côte à côte les contenus HDR et SDR. Lorsque la version HDR est visible, la version SDR (même lorsqu’elle est parfaitement réalisée) semble délavée en comparaison : les blancs apparaissent gris. En effet, notre vision et la qualité de l’expérience visuelle fonctionnent selon une échelle relative : la luminosité de ce que nous percevons dépend de ce qui l’entoure. Mais, comme la lumière dans le monde réel est plus proche de ce que propose le HDR, l’imagerie HDR semble, de fait, plus réaliste que le SDR.

Pour les contenus dans lesquels l’intention créative joue un rôle plus important, comme cela peut être le cas pour les productions cinématographiques, le réalisme n’est pas forcément aussi indispensable. Dans ce contexte, les avantages qu’offre le HDR deviennent un nouvel outil dans l’arsenal du réalisateur, pour l’aider à raconter son histoire. Même si le réalisme n’est pas l’objectif premier dans ce cas, le HDR peut offrir un avantage créatif. Par ailleurs, il convient de préciser que pour le contenu cinématographique, la production traditionnelle sur pellicule ou les caméras numériques modernes offrent une plage dynamique plus proche du HDR que du SDR, ce qui signifie que le HDR pourrait être utilisé afin de retrouver certains détails perdus d’anciennes productions sur film ou de versions SDR destinées à la télévision.

Et que se passe-t-il lors de la conversion de contenu SDR existant en HDR ?

Nous pensons que les conversions, même automatiques, peuvent aider à augmenter le réalisme des images SDR en les convertissant en HDR. Sous réserve que les contenus pour lesquels une augmentation du réalisme ait du sens. Pour le contenu cinématographique, les conversions automatiques peuvent davantage servir d’étape préparatoire, en transférant le contenu vers le HDR, tout en laissant la touche finale au réalisateur pour s’assurer que sa vision créative est effectivement respectée, en tirant profit du nouveau format.          

Dans les deux cas, que le contenu HDR soit nouvellement créé ou obtenu par conversion depuis le contenu SDR, les consommateurs qui achètent des téléviseurs HDR s’attendent à une amélioration visible. Les pratiques actuelles de production HDR sacrifient une amélioration potentielle au prétexte de l’intégrité créative, mais, si nous ne tenons pas compte de la dynamique de l’image et du réalisme dans l’équation, nous ne rendons pas justice au HDR.