De retour d'AWE 2018 !

Munich, cœur européen de l’industrie 4.0, accueillait fin octobre la 10ème édition de l’Augmented Word Expo (AWE) ainsi que la 17ème édition de la conférence internationale ISMAR consacrées aux technologies de réalité augmentée et mixte. Jérôme Royan, Architecte Principal chez b<>com était sur place. Il partage avec nous ses impressions.

Comment se porte le marché de la Réalité Augmentée ?

Si l’on en croit les chiffres, la réalité augmentée représente un marché potentiel de 100 milliards de dollars à horizon 2022, de quoi attirer les investisseurs ! Trois acteurs américains (Apple, Google et Microsoft) dominent le marché grand public dans l’espoir de démocratiser la réalité augmentée et rentrer dans l’ère post smartphone. Par ailleurs, de nombreuses PMEs se développent extrêmement rapidement à coup d’investissements massifs de la part de grands groupes tels Bosch, Siemens, Airbus, Schneider Electric, Volkswagen. Le marché de la réalité augmentée en Europe est en passe de dépasser le marché américain, et devrait continuer à croitre en ce sens. Les nouveaux entrants sont nombreux et si c’est extrêmement encourageant pour le déploiement des systèmes de RA dans les usines, cela ne favorisera malheureusement pas l’interopérabilité des systèmes de RA si des normes ne sont pas instaurées.

Où en est-on dans le déploiement de la Réalité Augmentée ?

Les preuves de concepts dans l’industrie 4.0 s’appuyant sur des technologies de RA se sont multipliées ces 5 dernières années. Cependant, le passage au déploiement reste complexe, et les solutions du marché, souvent trop généralistes, ne sont pas adaptées aux spécificités de l’industrie 4.0. On note que de nombreuses PMEs développent des solutions sur mesure, en itérant de manière pragmatique jusqu’à aboutir à une solution déployable à large échelle. Preuve du pragmatisme, ces marqueurs noirs et blancs appelés ARCode ou marqueurs fiduciels font leur grand retour afin d’initialiser plus précisément et de façon plus robuste les services de réalité augmentée (Insider Navigation, Visionaries, …). Quel est le besoin ? Est-ce que la réalité augmentée répond aux besoins ? Est-ce la solution la plus pertinente ? Ces questions étaient récurrentes lors des présentations sur les retours d’expérience des industriels. Ils existent de nombreuses tâches pour lesquelles la réalité augmentée apporte un réel bénéfice en termes de gain de productivité, d’amélioration de la qualité, de la traçabilité… Mais attention, bien que de nombreuses vidéos promotionnelles promettent monts et merveilles, la réalité augmentée n’est pas la solution miracle qui répond à tous les besoins des clients. Pour le moment, les déploiements concernent essentiellement les usages liés à la formation et au contrôle qualité.

Quels sont les prochaines étapes ?

Déployer des solutions de réalité augmentée dans les usines nécessite de créer les contenus 3D interactifs qui seront visualisés dans l’environnement réel. On assiste aujourd’hui à l’émergence de nombreuses solutions intégrées ou interfacées aux outils de PLM (Vuforia, Re’flekt, Diota, …) qui permettent de faciliter la création de ces contenus AR interactifs (scénario de maintenance, d’assemblage, de contrôle qualité, …) sans avoir à écrire la moindre ligne de code. Une démo de Vuforia en collaboration avec Microsoft présentait un prototype de création de contenu AR directement à partir des Hololens. Pour cela, l’expert porte des Hololens et réalise une tâche en commentant les différentes étapes de la procédure. Les Hololens analyse la voix, les gestes de l’expert, son environnement et génère presque automatiquement un contenu interactif pouvant être rejoué sur les Hololens par des utilisateurs novices. L’industrialisation de la réalité augmentée est en bonne voie, et c’est une très bonne nouvelle ! Côté devices, de nombreuses solutions professionnelles étaient présentées lors du salon, comme les lunettes de Trivisio (du sur mesure utilisé par de nombreuses armées européennes), Vuzix, (qui a remporté l’Auggie award « Best In Show », récompense ultime de l’AWE), ou les lunettes de Daqri dont le tracking est de plus en plus performant.

Quels stands retiendras-tu particulièrement ?

Fraunhofer présentait deux prototypes, le premier étant un casque de RV haute résolution s’appuyant sur une fusion de lentilles permettant de combiner plusieurs écrans par œil, le deuxième étant des lunettes de réalité augmentée dont l’écran transparent intègre un capteur CMOS permettant de filmer l’œil de l’utilisateur pour suivre son regard.

Stand Fraunhofer

Encore plus rare, non ce n’est pas une légende urbaine, après 2 ans d’attente et plusieurs milliards d’investissement, j’ai enfin pu tester en off les lunettes Magic Leap. Sont-elles révolutionnaires, m’ont–elles permis de voir une baleine de 10 mètres de long jaillir d’un terrain de basket, le tout sans aucun problème d’accommodation ? La réponse est bien évidemment non. J’ai pu cependant visualiser un « angry bird » de 10cm de haut sur la moquette de l’AWE. Elles ne sont pas disruptive, mais passé la surenchère technologique annoncée depuis plus de 3 ans et la déception qui s’en est suivie, ce sont des lunettes relativement confortables, au champ de vision légèrement supérieur aux Hololens, et au tracking précis et rapide, du moins sur les quelques minutes de test.

Enfin, Visualix, start-up Berlinoise, présentait sa technologie d’ARCloud permettant une expérience en réalité augmente à grande échelle et multi-utilisateur. Seules des vidéos présentaient des résultats en extérieur, mais cette start-up est extrêmement prometteuse, et je lui prédis un bel avenir. 

Stand Visualix

Quelles sont les nouvelles tendances autour de la Réalité Augmentée ?

Cette année, le buzzword du salon était ARCloud. Un système de réalité augmentée comme ARKit, ARCore ou Hololens créer une cartographie de l’environnement, une sorte de nuage de points qui décrit la géométrie de ce qui vous entoure. Cette cartographie est ensuite utilisée pour vous localiser et permettre aux systèmes de réalité augmentée d’afficher et de partager des augmentations parfaitement recalées avec le monde réel. Pour le moment, ces cartographies 3D de votre environnement restent généralement stockées sur votre terminal et ne peuvent pas être partagées avec d’autres utilisateurs. Mais demain, une cartographie 3D globale sera hébergée dans le cloud et mise à jour par tous les utilisateurs de systèmes de réalité augmentée qui deviendront des « google humans » remplaçant les « google cars ». Charlie Fink’s, spécialiste VR & AR pour Forbes qui dédicaçait son dernier ouvrage « Metaverse » sur AWE, estime que l’ARCloud qui cartographiera en 3D et en temps réel la planète entière (indoor et outdoor) aura dans les années à venir bien plus de valeur que le graphe social de Facebook ou le moteur d’indexation de sites web de Google !

Et b<>com dans tout ça ?

Le groupe de spécification industrielle « Augmented Reality Framework » initié par b<>com fin 2017 et regroupant déjà 18 membres dont Bosch, Siemens, Schneider Electric, Orange, Deutsche Telekom, Ericsson ou encore le Fraunhofer HHI, s’est réuni la veille d’ISMAR sur l’impressionnant campus de Siemens à Munich. Ce fut l’occasion de présenter les résultats du questionnaire sur les besoins en réalité augmentée pour l’industrie 4.0 réalisé par b<>com et Clarté et qui a récolté plus de 70 réponses d’acteurs internationaux du domaine. L’événement était également l’occasion de présenter l’architecture fonctionnelle de référence d’un système de réalité augmentée initié par b<>com et retenu par l’ensemble des membres de l’ISG. Enfin, Nam-Duong Duong, Doctorant chez b<>com a pu présenter ses résultats de recherche sur les techniques de relocalisation basées sur des méthodes d’apprentissage automatique lors de la conférence ISMAR.

Nam-Duong Duong, Doctorant chez b<>com, présente ses résultats de recherche