SXSW 2017 : The “E Factor”

Le South by Southwest Interactive and Film s’est terminé jeudi à Austin. Affluence record et comme toujours quelques temps forts très relayés, comme la présence de l’astronaute Buzz Aldrin (son « We explore or we expire » fut le mot d’ordre de la semaine) ou du Vice-Président Joe Biden. Mais au-delà des stars, l’événement est bien l’endroit où les créatifs et les innovateurs du monde entier convergent et discutent des tendances pendant 10 jours. Ce cru 2017 restera celui du « E factor » : E pour Experience, Experimentation, Engagement et Empowerment.

Experience

Le vrai fil rouge de l’événement ! Déjà présent les années passées mais dominant l’édition 2017. Le futur sera expérientiel ou ne sera pas ! Faire vivre de nouvelles expériences est le point commun à tous les festivaliers, qu’ils soient directeurs de marques, patrons d’entreprises, réalisateurs de film, producteurs, designers ou créateurs. Ces nouvelles expériences dépassent largement le seul cadre du divertissement et des contenus. La notion d’expérience était au cœur des débats sur l’impact de l’Intelligence Artificielle. Avec les progrès de l’IA, c’est toute l’expérience utilisateur qui va vivre une révolution dans les prochaines années. Au-delà des débats éthiques, on s’est beaucoup questionné sur le design des interfaces qui vont nous permettre d’interagir naturellement avec les nouvelles applications et services générés par le machine learning.

Bien sûr, les nouvelles expériences immersives ou augmentées, la progression de la réalité Virtuelle (RV) et la Réalté Augmentée (RA) dans nos quotidiens, ont également occupé le devant de la scène. Buzz word depuis trois ans, la RV est l’objet de beaucoup d’attention : futur du cinéma et du divertissement ? futur des musées et du tourisme ? futur de l’éducation et de la formation ? voire futur des soins ? Aucun de ces scénarios ne sera pourtant possible sans le développement de solides business models liés à ces nouvelles expériences immersives.

Et quand on parle expérience, une nouvelle dimension longtemps négligée, émerge : le son. Grâce à la reconnaissance vocale, le contact avec l’intelligence artificielle est naturel et les designers, dont le célèbre John Maeda se questionnent déjà sur ces interfaces sonores, transparentes et intangibles, qu’ils ont très peu l’habitude de travailler. Le son spatialisé, désormais indissociables d’une expérience immersive en RV réussie, fut également au cœur des débats même si la réalité de la production VR actuelle témoigne du chemin à parcourir.

Présentation de films RV chez Oculus

De la musique sur n'importe quelle surface avec le projecteur XperiaTM Touch :

Interfaces Musicales chez Sony from IRT b-com on Vimeo.

Le projecteur d'interfaces XperiaTM Touch

Experimentation

Sur ce point, on retrouve bien sûr la RV. Tout le monde dans l’écosystème foisonnant de la réalité virtuelle expérimente des outils de production, de post production : l’absence de solution miracle, rodée, et de standards transforment tous les créateurs en bidouilleurs de génie ! Il faut écouter Félix & Paul, l’un des meilleurs studios de production RV au monde, raconter comment ils conçoivent leurs caméras quasiment pour chaque film, en fonction de l’histoire et du sujet. Mais l’expérimentation, c’est aussi la manière dont les grandes marques et les grands industriels présents s’emparent du SXSW pour y présenter des prototypes, tester des concepts tout juste sortis de programmes d’open innovation ou de structures d’innovation internes. Sony aura poussé le concept très loin avec sa «Wow Factory» et les visiteurs auront eu parfois l’impression de devenir les cobayes  d’une expérimentation à ciel ouvert (notamment avec « Superception », où les participants devaient avec un casque de réalité mixte s’orienter dans un mini labyrinthe). Mais tous les halls d’exposition et les nombreuses sessions de pitch pour les start-ups étaient sur le même registre : venir à la rencontre d’un public éclairé, jamais expert mais créatif et volontiers technophile, pour valider des Proofs of concept et des modèles d’affaires. Plusieurs démonstrateurs expliquaient clairement que seuls les concepts ayant eu le plus de succès à SXSW seraient poursuivis.

Superception Demo from IRT b-com on Vimeo.

La "WOW" factory par Sony

Le prototype Fukushima Wheel

Objets connectés pour coaching de la posture Panasonic

Engagement

C’est sans doute le mot le plus usé, encore incontournable mais que tous les conférenciers sont fatigués de répéter. Né d’un constat simple : comment réussir à gagner l’attention des consommateurs/spectateurs dans un monde hyper-connecté qui les sur-sollicite ? Le concept « d’engagement » explique en partie l’engouement pour la VR, mais est également responsable de la progression de l’études des usages, des comportements, des sciences cognitives ou du design d’interface, décidément central dans ce SXSW. On a beaucoup parlé du rôle croissant des designers, au sein des entreprises, dans le succès des innovations (notamment avec la nomination de designers au Conseil d’administration de plusieurs grands groupes) : une tendance perceptible dans la qualité ergonomique et esthétique de beaucoup de prototypes ou de démos. Comme l’a rappelé si justement John Maeda, “Design is not about beauty, it's about market relevance and meaningful results”.

Démonstration Gold Rush Collaborative wifi VR par Sony:

Gold Rush Collaborative wifi VR demo from IRT b-com on Vimeo.

Empowerment

Donner le pouvoir au client, à l’utilisateur. Certes on parle depuis plusieurs années déjà de « design centré utilisateur » ou de « Human centered design ». Mais avec la progression de l’IA et les débats que cette technologie soulève, l’idée de redonner à l’utilisateur le contrôle de ses données, de lui permettre de mieux contrôler (et de personnaliser) les interfaces avec lesquels il interagit au quotidien gagne du terrain. Une tendance que l’on retrouve aussi dans le domaine de la santé où le futur de la médecine semble passer inévitablement par une plus grande personnalisation des soins, de la médication, du parcours. Cette personnalisation étant aux Etats Unis clairement portée par la progression étonnante des tests ADN et de la génomique.